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Parole d'experts

Hôpital public : l’efficience ne se décrète pas, elle s’organise collectivement

Le système hospitalier public traverse une période de tensions durables. Les équilibres financiers sont fragilisés, les besoins de santé progressent et les exigences en matière de qualité et de sécurité des soins demeurent élevées. Le récent rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) apporte un éclairage précieux sur ces évolutions. Il rappelle à la fois l’ampleur des transformations déjà engagées par les établissements et la nécessité d’adapter leur organisation aux défis structurels qui se présentent. 

 

Dans ce contexte, Walid Ben Brahim, Directeur général d’UniHA, analyse les conditions d’une performance durable fondée sur la coopération entre les établissements. 

 

 

Le 3 mars 2026
Hôpital public : l’efficience ne se décrète pas, elle s’organise collectivement

Message d'état

Face à des marchés industriels concentrés, à des tensions d’approvisionnement récurrentes et à une dynamique d’innovation soutenue, aucun établissement ne peut agir seul avec la même efficacité qu’un collectif organisé.

C’est dans cette perspective que la coopération hospitalière prend tout son sens.

Depuis plus de vingt ans, les hôpitaux publics ont construit des outils communs pour mutualiser leurs achats, structurer leurs marchés et sécuriser leurs approvisionnements. Cette coopération n’est pas un simple mécanisme administratif. Elle constitue aujourd’hui un levier stratégique au service de la performance hospitalière.

 

Mutualiser, c’est d’abord rééquilibrer le rapport de force économique. Dans un contexte où certains segments industriels sont mondialisés ou fortement concentrés, la capacité des hôpitaux à agir collectivement permet de stabiliser les prix, de sécuriser les volumes et d’introduire des exigences accrues en matière de qualité et d’innovation. Dans de nombreux territoires, cette organisation a déjà permis de contenir durablement certaines dépenses sensibles tout en améliorant le niveau de service rendu.

Mutualiser, c’est aussi dégager des marges d’efficience qui peuvent être directement réinvesties au service du soin. Chaque gain économique obtenu par la coopération contribue à préserver la capacité des établissements à investir, recruter et à moderniser leur offre, au bénéfice des patients comme des professionnels de santé. 

Mutualiser, enfin, c’est renforcer la résilience du système hospitalier. Les crises récentes (sanitaire, énergétique, géopolitique) ont démontré la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. L’organisation collective des achats et la mutualisation des besoins constituent un facteur de sécurisation déterminant pour garantir la continuité des prises en charge.

L’efficience ne peut donc plus être pensée uniquement comme un impératif budgétaire. Elle doit être envisagée comme une capacité collective à organiser la performance économique au service de la mission de soin.

L’hôpital public dispose d’un atout majeur : sa capacité à agir collectivement. À l’heure où s’engage un nouveau cycle de transformation territoriale, consolider cette dynamique est un choix de responsabilité et de long terme.

Dans cette perspective, l’achat hospitalier doit être pleinement envisagé dans une logique mutualisée. La structuration de l’achat à l’échelle des groupements hospitaliers de territoire constitue aujourd’hui le socle naturel d’une performance collective durable. Certaines filières stratégiques (énergie, médicaments, équipements critiques), certains enjeux de sécurisation ou de mutualisation appellent une coordination plus large. L’articulation cohérente entre ces différents niveaux d’organisation est une condition essentielle pour inscrire l’achat hospitalier dans une stratégie pleinement intégrée, au service de la résilience et de la performance du système.

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Walid Ben Brahim
Walid Ben Brahim
Directeur Général